L’héritage d’Allen Iverson

L’héritage d’Allen Iverson

Yann Casseville est l’auteur de 2001, L’Odyssée d’Allen Iverson. Il est également rédacteur en chef du magazine mensuel BASKET, et journaliste spécialisé dans le basketball depuis plus de dix ans. Yann nous explique à quel point l’héritage du lutin a profondément marqué toute une génération au sein du monde du basketball.

Il n’a jamais remporté le titre NBA. Pourtant, du haut de ses 183 centimètres, Allen Iverson a laissé une trace indélébile dans le monde du basket. Vingt ans après son trophée de meilleur joueur en NBA, son influence se fait encore ressentir.

C’était il y a vingt ans. Au printemps 2001, la NBA traverse un nouveau chapitre de son histoire. Et depuis la deuxième retraite de sa superstar, Michael Jordan, en 1998, c’est à la nouvelle génération de l’écrire. Ils s’appellent Shaquille O’Neal, Kobe Bryant, Kevin Garnett, Tim Duncan, Vince Carter… Il s’appelle Allen Iverson. Celui-ci, avec son équipe des Philadelphia 76ers, est opposé en demi-finale aux Toronto Raptors de la conférence Est. L’équipe canadienne est guidée par le roi des airs, Vince Carter, et compte aussi dans ses rangs un vétéran, Dell Curry. Le père de celui qui deviendra, des années plus tard, le meilleur shooteur de tous les temps, Stephen Curry.

Le modèle de Stephen Curry et des petits

En 2001, il n’est encore qu’un adolescent de 13 ans, qui assiste aux matches de son père. Il supporte Toronto, évidemment, et pourtant ne peut empêcher ses yeux de rester braqués sur l’un des adversaires, le leader de Philadelphie : Allen Iverson. Un lutin d’1,83 m, qui, à chaque rencontre, s’en va défier les géants des raquettes. Il attaque inlassablement, il fracasse son corps face aux golgoths adverses. Il tombe, et la suite est invariablement la même : il se relève, et il recommence.

Le petit Stephen se prend de passion pour celui qui sera le bourreau de l’équipe de son père, en permettant à Philadelphie d’éliminer Toronto quatre victoires à trois. Curry fils fait alors d’Iverson son inspiration. « Sa compétitivité, son désir de victoire… Son moteur ne s’arrêtait jamais ! Il jouait avec énormément de passion et de feu », commentera par la suite celui qui est devenu triple-champion NBA.

Le jeune Curry s’entraîne à copier le mouvement signature d’Iverson, son crossover fulgurant. Comme beaucoup de basketteurs de petite taille du début du siècle, il l’érige en modèle. Pour son jeu et son abnégation, bien sûr, mais aussi « son histoire et son parcours ». Car avec « The Answer », (“La Réponse”, le surnom d’Iverson), cela va toujours au-delà du terrain.

Une image de bad boy

Sur les parquets, c’est un one man show frénétique. Et en dehors, c’est une révolution. Iverson débarque dans la ligue américaine avec son passé (notamment un séjour de quelques mois en prison, pour une affaire de bagarre générale dans un bowling dans laquelle il sera finalement blanchi), ses tatouages, ses baggys, ses t-shirts XXXL, ses cornrows – une façon de coiffer ses cheveux avec des tresses plaquées sur le crâne. Il ne fait que se montrer comme il est, mais les dirigeants de la ligue et une bonne partie de l’Amérique ne voient en lui rien d’autre qu’un bad boy qui renvoie une mauvaise image de la très prude NBA, lancée dans une entreprise de séduction à l’échelle planétaire.

Son look vestimentaire sera l’une des principales raisons expliquant l’ajout au règlement de la NBA, quelques années plus tard, d’un dress code : un code vestimentaire à respecter pour les joueurs avant et après les matches. Les tatouages, devenus complètement banals aujourd’hui, se font très rares à l’époque. Alors qu’Iverson apparaît en couverture d’une des publications officielles de la NBA, Hoop Magazine, ses tatouages ont été… gommés. Les justifications douteuses de la ligue ne trompent personne : elle a tenté de rendre la star plus présentable au grand public, selon ses propres critères.

Quant aux cornrows, elles sont vues comme une coiffure de gangster. Même l’entourage d’Iverson pose problème. Il est fréquemment entouré de dizaines de personnes, souvent des jeunes Afro-Américains, arborant le même style urbain. Pour ses détracteurs, là encore, rien que des bandits en puissance. Pour l’intéressé, seulement ses amis d’enfance, avec qui il partage tout depuis toujours. Hier, la galère, aujourd’hui la gloire.

À l’opposé de Michael Jordan

Vingt ans après, l’époque a changé, et ses codes avec. Aujourd’hui, des tatouages se dessinent sur de nombreux corps, les cornrows ne sont plus automatiquement assimilées aux voyous : « On voit même des officiers de police en porter », sourit Iverson. Qui répète fréquemment qu’il a payé le prix pour avoir voulu rester fidèle à ce qu’il était, à ce qui l’a construit. Mais c’est aussi cela qui lui a permis de toucher en plein cœur toute une génération.

Michael Jordan incarnait un idéal de perfection, évidemment faussé. Allen Iverson ressemblait lui au plus imparfait des héros. Nike avait participé à faire de Jordan une personnalité de renommée mondiale, et martelait le slogan « Be like Mike ». Être comme Mike. Mais c’était impossible. Pour Iverson, Reebok, dans sa campagne marketing, joua une carte diamétralement opposée : « I am what I am ». Je suis ce que je suis. C’est cela que représentait Allen Iverson : la sincérité, le fait de se mettre à nu, sur et en dehors du terrain.

Il est ainsi devenu l’icône du magazine SLAM, dont l’arrivée dans les kiosques coïncida avec la montée en puissance du joueur, et qui bouleversa les traditions et donna un sérieux coup de jeune aux publications spécialisées en s’intéressant évidemment au terrain mais aussi au lifestyle. Et en n’hésitant pas à mettre Iverson en couverture, chaîne en or apparente et coupe afro. Comme le résuma le rédacteur en chef de SLAM : « Jordan était celui qui faisait le plus vendre, mais Iverson était le cœur du magazine ».

Vingt ans après avoir décroché son titre de MVP en NBA, la marque du lutin est ainsi toujours visible. Et le multiple All-Star Carmelo Anthony, qui a grandi en regardant Iverson, devenu ensuite son coéquipier à Denver, de conclure : « Il a tout changé. Une génération entière lui est redevable. »

Yann Casseville

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